J’ai en horreur la grande majorité des comédies. Voilà mon entrée en matière pour cet article. Seule la comédie anglaise et quelques pépites comme The Big Lebowski ont toute mon estime. J’aime pourtant tous les autres genres, du drame à la SF, de la romance à l’historique. Mais les films qui vivent tendrement dans mon cœur sont ceux d’épouvantes. Qu’ils soient muets, gothiques, zombiesques, sur Terre, en mer ou dans l’espace, je veux tous vous voir ô films d’épouvantes chéris. Et comme la comédie peut se marier à tous les genres, du film d’espion à la comédie musicale, elle a évidemment épousé mon genre de prédilection. Je tiens à préciser que je n’ai parlé que des films que j’ai vu, il y en a très certainement beaucoup d’autres, j’attends vos précisions avec impatience comme d’habitude.

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Tucker & Dale fightent le mal, Eli Craig, 2010

Il y a des films de comédie horrifique où l’horreur est clairement vendue avec de l’humour. La dérision est alors le plus souvent au service du pastiche et se veut hommage de classique du genre, comme Tucker & Dale fightent le mal ou Scary Movie. L’horreur est ici tourné en ridicule en réutilisant les gimmicks des slashers, où des jeunes sont poursuivis par un tueur en série. Dans Tucker & Dale, deux pecnots gentils et un peu niais passent des vacances dans une vieille bicoque dans la forêt et sont pris pour des tueurs en série par une bande d’étudiants qui souhaitent alors en découdre. Les clichés du slasher sont alors tellement encrés dans l’esprit des jeunes que l’imaginaire développe la peur de manière exponentielle et amène à la paranoïa. La comédie prime sur l’horreur au moyen de gore sauce ketchup. Scary Movie quant à lui parodie Scream qui est aussi un pastiche du slasher sans plonger totalement dans la comédie, grâce à un humour plus distillé et subtil et reprenant les codes classiques de ce sous genre en les énonçant comme des règles sacrés qu’il faut violer.

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La Cabane dans les bois, Drew Goddard, 2012

Tout en subtilité également (enfin seulement la première heure…), La Cabane dans les bois reprend la trame de Evil Dead et crée ensuite un melting-pot horrifique en créant un joyeux bordel avec tous les monstres possibles et imaginables du Cinéma, du clown de Ça à Pinhead, tout en se payant Sigourney Weaver, actrice au combien affiliée au film de monstre. Ici la surenchère est non seulement dans le sang mais aussi au sein même de l’histoire par le grand nombre de monstres. Le film part dans tous les sens pour notre plus grand plaisir et se moque des codes avec des personnages archétypaux seulement en apparence comme la blonde (qui vient juste de se teindre les cheveux), la vierge (qui n’est prude que d’apparence), le sportif (qui est étudiant boursier), …

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Grabbers, Jon Wright, 2012

Ces monstres d’ailleurs, biens connus des amateurs de films d’horreur, tels que les zombies, vampires, fantômes, … ne sont pas en bernes pour ce qui est de l’humour dans l’horreur. Ainsi Shaun of the dead, premier segment de la Blood and ice cream trilogy de Edgar Wright, est un hommage magnifique aux films zombies, où l’issue et le salut très british se trouve dans un bar, tout comme dans le génial film irlandais Grabbers, où il faut boire pour survivre et se cacher à la taverne pour lutter contre une pieuvre géante extraterrestre. On connaissait le gout des britanniques pour la bière mais là il est à son paroxysme… Autre monstre assoiffé, Dans Vampire, vous avez dit vampire? et Le Bal des Vampires, le suceur de sang est un séducteur qui casse les codes en jouant avec les crucifix et l’ail. On s’amuse alors de cette créature d’habitude intouchable en se moquant du fils de Dracula montré ici en gracieux coquet. Pour ce qui est des fantômes, ils ne sont pas en reste avec le loufoque Fantômes contre fantômes. Peter Jackson traite des ectoplasmes avec humour et poésie pour son premier film hollywoodien et continue dans sa lancée de lettre d’amour au film d’épouvante, en y mêlant clin d’œil (à Shining notamment) et personnages caricaturaux.

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Fantômes contre Fantômes, Peter Jackson, 1996

Toujours côté Nouvelle-Zélande et avec ce cher Peter, les films Braindead et Bad Taste utilisent le gore pour nous faire rire. Les litres de sang, les têtes coupées et les boyaux par terre donnent au film une ambiance barrée à 100 à l’heure. Ce sous genre est appelé le splatstick et consiste à faire une surenchère sur l’horreur et le sang de manière burlesque. L’effet comique est produit par l’exagération de la violence, c’est pourquoi le splatstick est considéré comme le sous-genre d’horreur le plus violent (merci Wikipédia). Toujours au pays du long nuage, le délirant Black sheep reste dans ce schéma d’ultra gore loufoque avec des moutons mangeurs de chaire humaine qui tels des zombies transforment leurs proies en ovidés.

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Black Sheep, Jonathan King, 2006

Toujours dans l’esprit loufoque, la comédie musicale horrifique met en avant l’aspect gothique et baroque du film d’épouvante. Les cultissimes Phantom of the Paradise et The Rocky Horror Picture Show parodient ainsi les séries B, la SF et l’horreur à coup de costumes et effets visuels ostentatoires et de musique psychédélique rock. Le rock’n roll a d’ailleurs toujours été apparenté au cinéma d’horreur  mais ça c’est une autre histoire et certainement un autre article. Autre horreur en chanson, cette fois tout en kitsch, avec le merveilleux La Petite boutique des horreurs, où une plante friande de sang humain pousse la chansonnette. Le grotesque est alors un moyen de faire rire tout en permettant de mieux faire passer l’horreur et le gore.

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La Petite boutique des horreurs, Frank Oz, 1986

Mais aussi …

  • Une nuit en EnferRobert Rodriguez, 1996 (Culte, pour Clooney tatoué, Tarantino fétichiste des pieds, mais surtout la danse au combien sensuelle de Salma Hayek…)
  • HouseSteve Miner, 1986 (Ça vous dit une p’tite maison hantée?)
  • Bienvenue à ZombielandRuben Fleischer, 2009 (C’était un peu le film qu’on attendait pas, maintenant on attend le deuxième volet avec impatience)
  • KrampusMichael Dougherty, 2015 (Le père fouettard monstrueux accompagné de sa clique malfaisante vient punir les enfants qui ne croient plus en la magie de noël. Sympatoche et à regarder entre pote)
  • Gremlins, Joe Dante, 1984 (Ne se présente plus, j’ai enfin vu le deuxième volet il y a une semaine…)
  • The HostJoon-Ho Bong, 2006 (Je ne comprends pas cet engouement des Cahiers du Cinéma qui l’avaient mis 3ème dans leur classement annuel)
  • Piranhas 3D, Alexandre Aja, 2010 (Hommage magnifique au 7ème art, je ne suis jamais objective de toute manière quand je parle du génial Aja. Mais franchement, tuer Richard Dreyfus la première minute en l’ayant grimé en vieux pécheur alors qu’il a survécu aux Dents de la Mer, c’est juste jouissif)
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Krampus, Michael Dougherty, 2015

L’humour au Cinéma se traduit ainsi soit de manière complètement assumée en offrant une comédie horrifique, soit en distillant savamment l’humour. La dérision est alors un moyen de parodier les films d’horreur traditionnels en mettant en avant les clichés et codes du genre qui sont au combien exigeants et se prêtent ainsi au pastiche qui est alors une lettre d’amour servie par un sourire.