Le premier vecteur d’une passion cinéphile est souvent l’acteur, car premier contact visuel avant la découverte d’un film ou du travail d’un cinéaste, d’un directeur de la photographie, d’un compositeur, … Ils sont souvent charismatiques, talentueux ou simplement beaux pour certains. Aujourd’hui je vais tenter de déterminer quels sont les qualités qui font la recette d’un excellent acteur et quels sont les différents moyens de parvenir à interpréter magistralement un rôle. Let’s go pour la deuxième partie du triptyque sur les acteurs!

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Tom Hardy dans Bronson

Quand j’ai remarqué Tom Hardy pour la première fois c’était au Cinéma dans Inception en 2010. La première chose que je me suis dit en le voyant était « C’est quoi ce bellâtre insupportable!? ». Puis quelques mois plus tard j’ai vu Bronson, de Nicolas Winding Refn. Une véritable claque Cinéma, c’est d’ailleurs mon film préféré du cinéaste, loin devant Drive. Tom Hardy dévore littéralement la caméra par son charisme, sa présence, sa folie. Souvent seul à l’écran, il propose une performance théâtralisé et volontairement exubérante pour redonner vie au cabot Michael Gordon Petersonen, dit Charles Bronson, surnommé par la presse anglaise prisonnier le plus violent de Grande Bretagne. L’acteur, jusque là plutôt gringalet, a opéré un changement physique drastique pour incarner le massif détenu. Il s’est laissé envahir par le rôle et méconnaissable, frappe par sa folie.

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Michael Fassbender dans Hunger, 2008

De nombreux acteurs ont effectué des changements physiques importants pour un rôle comme Tom Hardy, en passant par la prise ou la perte de poids. Pour ce qui est de la perte de poids drastique, on pense aussi dans le rôle d’un détenu à Michael Fassbender avec son personnage de Bobby Sand, lui aussi prisonnier célèbre pour avoir été un révolutionnaire mort des suites d’une grève de la faim dans la prison de Maze en Irlande. On pense également à Christian Bale qui a opéré des changements physiques radicaux et même dangereux pour sa santé avec son rôle dans The Machinist où l’acteur a perdu 28 kg qu’il a du ensuite rapidement récupérer pour interpréter Batman.

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Christian Bale dans Batman Beggins, Christopher Nolan, 2005 et dans The Machinist, Brad Anderson, 2004

Dans les prises de poids importantes, je peux citer quelques cas comme Russell Crowe dans Révelations, Renée Zelwegger dans Le Journal de Bridget Jones ou Charlize Theron dans Monster pour ne citer qu’eux mais il y en a évidemment beaucoup d’autres. Les variations de poids permettent de mieux se projeter dans un personnage mais elle doit également s’accompagner d’autres changements physiques et servir un jeu qui permet de reprendre outre l’apparence d’un personnage, la voix et la gestuelle. Certains de ces acteurs utilisent la méthode de l’Actors Studio où l’acteur doit vivre les émotions pour jouer un personnage. Je trouve cette méthode quelque peu dangereuse dans le sens où des émotions extrêmes si elles sont vécues par l’acteur peuvent être violentes. Certains acteurs se remettent d’ailleurs difficilement des rôles à cause de cette méthode, notamment Daniel Day Lewis qui accepte peu de contrats pour mieux travailler puis quitter un personnage.

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Lon Chaney dans Le Fantôme de l’Opera, Rupert Julian, 1925

Evidemment les changements physiques sont les éléments les plus ostentatoires et impressionnants. Ils s’opèrent aussi par la transformation grâce au maquillage comme l’homme caméléon qu’était Lon Chaney, ou Nicole Kidman interprétant Viriginia Woolf dans The Hours. Et c’est en venant à Nicole Kidman que je voudrais dire qu’un acteur ne fait pas qu’un travail sur le jeu. C’est aussi savoir se lier aux bons projets. Adorer un acteur c’est aussi lui faire confiance dans ses choix de rôles en proposant une filmographie éclectique. Nicole Kidman alterne depuis 30 ans les projets singuliers en tournant dans des grosses productions comme prochainement Aquaman et en travaillant activement avec des réalisateurs audacieux comme Stanley Kubrick, Jane Campion, Noah Baumbach, Lars Von Trier, Sofia Coppola, Sydney Pollack, … Je peine même à arrêter la liste tellement ses partenariats avec les plus grands réalisateurs est fructueuse. Être un bon acteur c’est aussi être exigeant dans le choix de ses rôles, avoir du flaire, savoir prendre des risques et ne jamais se reposer sur ses acquis.

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Nicole Kidman dans Dogville, Lars Von Trier, 2003

D’ailleurs dans cette prise de risque des acteurs, il y a cet abandon total dont j’avais parlé dans l’article Des Cinéastes et des Muses , se mettre totalement à nu dans des rôles physiques difficiles où rien n’est épargné ni caché. J’avais alors parlé de Michael Fassbender dans Shame mais il y a quelques mois j’ai vu l’indélébile Mademoiselle, que je mettrai d’ailleurs volontiers en tête du classement des meilleurs films de 2016 si je devais le refaire. Dans ce film, l’actrice Kim Min-hee se montre sans limite dans des scènes particulièrement insoutenables bien que visuellement léchées et prouve un dévouement sans faille dans sa composition d’actrice. De plus elle se dévoile avec une pudeur qui font de sa prestation un souvenir impérissable à la rétine du spectateur.

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Kim Min-hee dans Mademoiselle, Park Chan-wook, 2016

Tous les acteurs cités précédemment ont un charisme indéniable. Ils fascinent par leur présence, leur séduction ou leur manière de parler. Mais au-delà de la parole, certains acteurs s’imposent par leur présence presque suffocante bien que silencieuse, comme Iko Uwai dans The Raid mais surtout sa suite The Raid 2: Berandal. Bien que n’ayant jamais étudié l’art théâtral et n’ayant aucune expérience Cinéma avant sa rencontre avec Gareth Evans, l’acteur crève l’écran, par sa stature et ses regards, magnifiés par le réalisateur.

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Iko Uwai dans The Raid 2, Gareth Evans, 2012

En parlant de jeux de regard, les yeux et la multitude d’expressions faciales que peuvent avoir certains acteurs est incroyable, comme si chaque élément du visage pouvait se mouvoir. Quelques acteurs sont d’ailleurs connus pour cette particularité qui fait d’ailleurs parfois l’objet de moqueries sur le net comme avec Jack Black, Nathalie Portman ou Emilia Clarke. Ce sont alors les sourcils qui bougent, les fronts qui se plissent. Et c’est aussi pour cela que je déplore que certains acteurs passent par le bistouri pour lutter contre les dommages du temps. Le visage est le premier vecteur du jeu de l’acteur, le modifier c’est endommager son outil de travaille et dévaluer son potentiel. Au cinéma on a besoin de visages de tout âges et accepter les rides c’est à mes yeux rendre moins lisse des visages qui se ressemblent de plus en plus. Le regard quant à lui peut au travers de plans rapprochés donner vie à une multitude d’émotions comme ont pu le démontrer Sidney Poitier et Paul Newman. Un bon acteur c’est quelqu’un qui utilise son corps, sa voix, pour donner à l’écran une palette d’émotions des plus complètes, sans non plus tomber dans la caricature d’un jeu trop théâtral.

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Emilia Clarke dans Avant toi, Thea Sharrock, 2016

Car le travail d’un comédien de théâtre et d’un acteur de Cinéma est bien différent. Le Cinéma met en avant l’intériorité des émotions, car la caméra permet le minimalisme. Au théâtre il faut porter l’émotion, car le spectateur au 15ème rang doit pouvoir tout ressentir aussi. Certains acteurs de théâtre passant au Cinéma sont d’ailleurs assez cabots comme Kenneth Branagh, ce qui n’enlève pourtant rien à son talent, mais d’autres arrivent à intérioriser l’émotion à l’écran bien qu’étant avant tout acteur de théâtre. Les premiers comédiens qui me viennent alors à l’esprit sont Vincent Macaigne, doux et humble à l’écran, mais exubérant et pétaradant sur scène, ou Laurence Olivier, à l’émotion tout en retenu dans le sublime Rebecca.

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Laurence Olivier dans Rebecca, Alfred Hitchcock, 1940

Le théâtre est le meilleur moyen de travailler sur l’improvisation, mais l’Actors Studio dont j’ai parlé précédemment permet tellement de se mettre dans la peau de son personnage que certains acteurs laissent alors place à l’improvisation, au plus grand plaisir du réalisateur parfois, comme Leonardo Dicaprio et la scène de Django Enchained où il brise le verre dans sa main, ce qui n’était absolument pas prévu, et continue de jouer sa scène la main en sang devant un Quentin Tarantino en transe. À l’écriture du personnage le scénariste a évidemment défini le caractère du protagoniste mais un bon acteur doit savoir être dirigé par le réalisateur mais aussi s’imprégner du rôle en pouvant s’émanciper de l’écrit pour apporter sa propre vision d’un protagoniste qui devient intime de l’acteur par son travail et sa compréhension du rôle.

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Leonardo Dicaprio dans Django Unchained, Quentin Tarantino, 2013

Un comédien pour exceller dans un rôle doit pouvoir utiliser tous les outils mis à sa disposition que ce soit par l’exubérance d’un changement physique ou dans le minimalisme de son exécution. La carrière d’un acteur est également pérenne s’il choisit ses rôles de façon réfléchie avec éclectisme. J’ai parlé de beaucoup d’acteurs et de compositions qui me touchent dans cet article. J’aurais aimé les citer tous. Si vous même vous souhaitez partager ces moments de Cinéma où l’acteur transcende un rôle, j’attends vos suggestions avec impatience.