Série adaptée du roman La Servante Écarlate de Margaret Atwood.

Crée par Bruce Miller, diffusée depuis l’été 2017, une saison disponible de dix épisodes. Avec Elisabeth Moss, Joseph Fiennes, Samira Wiley, …

Cinq prix aux Emmys Award 2017 dont meilleure série dramatique, meilleure actrice, …

J’ai essayé de spoiler le moins possible, je ne dévoile pas de passages précis de la série et ne révèle pas l’intrigue, mais il y a tout de même des éléments dont je traite pour critiquer au mieux la série. Donc si vous ne souhaitez pas en savoir plus, passez votre chemin, allez regarder cette série dingue, et revenez me voir 😉 .

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Une dystopie, encore une pourrait-on dire. Mais c’est dès le premier épisode qu’on comprend que l’on n’a pas affaire à n’importe quelle fiction et qu’on prend la mesure de l’horreur montrée malgré des images magnifiées par une mise en scène léchée. Les monstres n’ont pas plusieurs yeux, ils ne sont pas difformes, énormes ou avec des écailles. Les monstres sont des humains, même s’ils n’en ont gardé que le nom, oubliant totalement tout sentiment et créant une nouvelle morale aberrante.

On se retrouve presque exclusivement du point de vue du personnage central June, ne sachant comme elle à quelle sauce nous allons être mangé. Le suspens n’est alors pas quelque chose d’ostentatoire mais une véritable peur viscérale, tant l’imagination que nous développons au cours de la série monte dans le crescendo de l’horreur et le dégoût le plus absolu. On s’attend à tout et au pire autant dans la torture morale que physique.

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L’héroïne, et le terme est complètement approprié, est une servante, dont la tenue rouge et blanche traduit le caractère sacré. Elle est une des dernières femme fertile, là pour assouvir l’envie de bébé de ces couples dirigeants. Ceux à qui elle appartient ont participé activement à la construction de ce nouveau pays tordu où le viol devient un devoir et la servitude une place enviable. Elle est donc Offred ( = servante De Fred), mais n’a d’Offred que l’apparence et la poker face, car au fond d’elle se trouve June, cette force qui gronde, enchaîne les blasphèmes et vulgarités, mais seulement dans la solitude comme pour mieux crier sa révolte tout en restant en vie.

Les acteurs tous impeccables malgré des émotions difficiles, permettent la réussite de la série qui sans leur jeu n’aurait pas pu exceller à ce point. Elizabeth Moss, toujours aussi bluffante, parvient à une palette d’émotion rarement vu sur le petit écran et permet encore d’impressionner même après Top of The Lake où elle était également le personnage central. Joseph Fiennes incarne comme son frère a pu le faire dans La Liste de Schindler avec son personnage d’Amon Göth un monstre de charisme séduisant au premier abord pour ensuite révéler une perversité tout en finesse et en inhumanité. On retrouve également avec bonheur l’actrice Samira Wiley que j’avais découvert dans Orange is the new black où elle interprétait Poussey, personnage ô combien attachant. Elle livre ici une performance tout en yoyo et en excellence en passant de la force au trauma.

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A l’heure des perturbateurs endocriniens, des poissons qui naissent en élevage nourris à la farine de cochon et de la forêt amazonienne décimée, cette série prend le temps de nous proposer un avenir proche parfaitement sombre où la fertilité est devenu rare et où Dieu est le prétexte d’une nouvelle morale immonde. Les hommes font la lois et les femmes sont au mieux des tenancières, au pire des esclaves sexuels. Certaines images sont alors insoutenables, non pas par leur brutalité mais par ce qui se cache dessous, les larmes qui coulent en silence et les regards qui en disent long. Et toute la série est d’ailleurs centrée sur cette pudeur et ce silence sinistre. Ces omissions deviennent au fil des épisodes un cri assourdissant, et le final offre une ouverture délicieuse vers la révolte de ces femmes à qui on a tout pris sauf cette rage sourde.

Dans une époque où l’ostentatoire dans les fictions futuristes parait être la clé de la réussite et où les séries font toujours plus pour plaire, Handmaid’s Tale se singularise en offrant non pas des effets spéciaux étourdissant mais un scénario efficace magnifié par des acteurs au sommet. À l’instar de séries comme This Is Us, Handmaid’s Tale s’inscrit dans une volonté d’émotions pure. On en ressort chamboulé, avec la très nette envie de voir la saison 2 dont le tournage a commencé et dont la sortie est prévue courant 2018.